L’antisémitisme, c’est la haine des Juifs.
L’usage anhistorique du mot antisémitisme pour désigner l’anti-arabisme ou l’islamophobie relève d’une stratégie agressive de politique de l’identité pour nier la nature et l’histoire de la haine antisémite des Juifs.
D’aucuns, sans se reconnaître dans l’antisémitisme, s’identifient volontiers comme antisionistes ou anti-israéliens.
Le sionisme peut se définir ainsi : « Mouvement politique visant à l’établissement puis à la consolidation d’un État juif (la Nouvelle Sion) en Palestine » (Petit Robert).
Le Psaume 137 (586-538 avant l’ère commune) raconte l’histoire du premier Exil des Juifs à Babylone et de la destruction par le roi Nabuchodonosor II du premier Temple à Jérusalem.
La sionide (cantique ou élégie de Sion) hébreu « Mon Cœur est à l’est » (v. 1141) du poète juif espagnol Yehuda Halevi exprime le mal du pays d’Israël.
La tentative des chercheurs tels que Walid Khalidi, professeur de science politique musulman palestinien, de récupérer le mot Diaspora représente un effort de s’accaparer de l’histoire juive.
Après le premier et le second Exils d’Israël, les Juifs furent expulsés de l’Angleterre (1290), de la France (1394), et de l’Espagne (1492), entre autres, avant que l’antisémitisme n’aboutît à l’Holocauste.
Poursuivis par cet antisémitisme européen qui collabore depuis lors avec l’antisémitisme arabe préexistant, les Juifs ashkénazes rescapés rejoignirent leurs frères sépharades au Proche-Orient, et se réfugièrent dans le naissant État d’Israël.
Chassés de l’Europe occidentale, des pays arabes, et de l’ex-Union soviétique, les Juifs d’Israël ne sauraient retourner là d’où ils sont venus. Ils y sont déjà.
La tragédie en vers blancs Le Juif de Malte (v. 1589) du dramaturge anglais Christopher Marlowe met en scène l’antisémitisme officiel européen, où, pour payer le tribut à l’envahisseur ottoman, le régime chrétien exproprie le Juif Barabbas sous peine de conversion forcée.
L’Ibérie médiévale en effet proférait aux Juifs la menace d’apostasie sous contrainte par les Castillans catholiques au nord, par les Maures musulmans au sud.
L’épopée en prose Moby Dick (1851) du romancier américain Herman Melville (traduit par Jean Giono, écroué pour pacifisme, 1941) fait l’analyse de la névrose qui consiste à déplacer l’angoisse du sujet vers un objet extérieur, la baleine blanche à la mer, les Juifs sur terre dans le cas de l’antisémitisme.
La terre d’Israël n’a rien fait aux anti-israéliens.
Le gouvernement israélien est élu par le peuple israélien, qui en porte par conséquent la responsabilité.
Les anti-israéliens n’en veulent qu’aux Israéliens juifs.
De violents crimes antisémites ont déjà été commis sur chacun des cinq continents en ce jeune siècle. Si la communauté juive internationale est en cause, il ne s’agit ni d’Israël, ni de sionisme, mais d’antisémitisme.
Les critiques fort sévères de l’État d’Israël issues des œuvres politiques de Noam Chomsky, professeur de linguistique juif américain, sont citées par des auteurs de motivation suspecte.
Bernard Lewis, professeur d’orientalisme juif anglais, et feu Edward Saïd, professeur de littérature chrétien palestinien, défendent, chacun à sa manière, son idéologie quant au Levant.
Le 19 février 2004 Romano Prodi, Président de la Commission européenne, avoue dans un discours officiel que certaines critiques à l’égard d’Israël ont pour inspiration l’antisémitisme (http://europa.eu.int/rapid/start/cgi/guesten.ksh?p_action.gettxt=gt&doc=SPEECH/04/85|0|RAPID&lg=FR).
Longtemps une idéologie de droite, depuis le vingtième siècle l’antisémitisme se répand sur la gauche politique. L’école d’antisémitisme nationaliste s’épanouit à droite, l’internationaliste à gauche.
Le poème « À l’Édom » (1824) du Juif allemand Heinrich Heine ironise sur la situation périlleuse des Juifs en Europe, face à la haine des Chrétiens.
La tragédie en vers blancs Almansor (1821) du même auteur, une histoire d’amour interconfessionnel qui se déroule en Espagne sur fond d’Inquisition, prévoit que l’autodafé des livres (le Coran en l’occurrence) sera immanquablement suivi par celui des hommes.
L’œuvre philosophique Les Origines du totalitarisme (1951) de la Juive allemande Hannah Arendt cite comme exemple de la rage génocide antisémite le grand romancier français Louis Ferdinand Céline.
L’antisémitisme, c’est la haine du sionisme, d’Israël, et/ou des Juifs.
Si Israël est votre bête noire, si vous ressentez le besoin de dénigrer le massacre de millions de Juifs dans la honteuse histoire millénaire de l’antisémitisme européen, si vous vous plaisez à appeler « terroristes » des soldats en uniforme de l’armée israélienne et « héros » ou « martyrs » des civiles qui s’immolent de façon meurtrière dans les souks bondés d’Israël, vous êtes antisémite.
Un schéma ostensible se dégage qui rend manifeste l’intention de nier (antisémitisme), de détourner (Diaspora), et d’obscurcir (terrorisme) les mots par lesquels les Juifs font historiquement entendre leur souffrance, dans l’espoir d’étouffer cette voix, comme si l’on pouvait ainsi faire disparaître la souffrance elle-même, et avec elle la responsabilité de cette souffrance.
